« Z32 », le nouveau long-métrage du réalisateur Avi Mograbi

Difficile de regarder Z32 sans avoir en tête cette phrase de Golda Meir : « Nous pouvons pardonner aux arabes de tuer nos enfants mais nous ne pouvons pas leur pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants. »

Ce film montre le désarroi et la peur d’un jeune soldat israélien qui a tué un palestinien lors d’une action militaire en représailles au meurtre de six soldats israéliens. Il montre également le fossé entre l’exaltation ressentie au moment de l’action, et le mépris rencontré lors de son retour au monde civil.

Dès l’introduction, le film porte la marque de Avi Mograbi. Cela commence par une discussion décousue entre un jeune homme et une jeune femme visiblement très proches, puis une explication du film qui donne un sentiment d’amateurisme. La suite nous détrompe.

La scène du jeune homme qui discute de cet épisode avec son amie se répète. Le discours du jeune homme est difficile et il se contredit. C’est à la fois l’action d’un seul et celui de plusieurs. Il est acteur, mais aussi lié à sa hiérarchie par une obligation d’obéissance. Plusieurs versions du récit de la scène se succèdent. Difficile de savoir quelle est la vraie.

La jeune femme semble quant à elle jouer le rôle de la conscience, mais une conscience qui condamne. Tandis que lui cherche à être compris, à être pardonné, elle le lui refuse, désirant que ce soit lui qui comprenne son regard horrifié.

Un autre aspect tient au fait que pour respecter la peur du jeune soldat qui ne désire pas être reconnu, un masque virtuel de plus en plus perfectionné est crée pour lui, jusqu’à ne faire qu’un avec lui. Ainsi, Avi Mograbi veut aussi témoigner de la déshumanisation suite à l’acte de tuer. Les différentes parties du film sont entrecoupées par le jeu d’un orchestre de chambre. Il accompagne Avi Mograbi qui, à  chaque fois, commente en musique la séquence précédente du film et explique son point de vue et celui, différent, de son épouse.

D’autres épisodes montrent  le réalisateur alors qu’il accompagne le jeune homme sur les lieux des représailles. Face à face difficile avec le passé. Certains repères ont changé, mais le lieu dans sa globalité est reconnu. Cela permet un dialogue entre le lui-même replacé sur la scène, et le lui-même rentré dans son univers, ou du moins le croisement de deux monologues d’un même personnage.

Voilà un film écrit pour donner envie que la violence s’arrête. Et en même temps, pouvait-il en être autrement ? Peut-on laisser le meurtre des siens impunis ? Comment réagir ? Finalement un film qui, loin de donner des réponses, laisse libre la réflexion non sans l’accompagner.

Z32, d’Avi Mograbi. DVD. 81 minutes.

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